Nelly, pouvez-vous nous raconter comment votre double parcours dans le textile et le mobilier hôtelier vous a naturellement conduite à fonder Modeligne, et en quoi cette transversalité façonne aujourd’hui votre manière d’aborder les espaces intérieurs sur mesure ?
Mon parcours a toujours été guidé par une même conviction : le textile n'est jamais un simple habillage, c'est un langage à part entière. Après plus de six ans dans l'industrie textile — stylisme, modélisme, sourcing, industrialisation — j'ai accompagné plus de 200 créateurs de marques, principalement dans la mode. Mais au fil des projets, je me suis rendu compte que cette expertise technique, cette capacité à faire dialoguer une idée créative avec une contrainte de production, avait une résonance toute particulière dans l'univers de l'hôtellerie.Un hôtel, un restaurant, un spa, c'est avant tout une expérience sensorielle : le tissu d'une tête de lit, la matière d'un rideau, le confort d'une banquette, tout cela raconte une histoire et façonne l'atmosphère d'un lieu. J'ai fondé Modéligne pour répondre à ce besoin précis : offrir aux professionnels de l'hôtellerie une direction créative et un développement textile sur mesure, avec la même exigence industrielle que j'applique en mode. Cette transversalité, c'est ma signature : je pense toujours l'espace intérieur comme un vêtement à l'échelle d'un lieu ; avec de la matière, du mouvement, et de la fonction.
Quand vous démarrez un projet d’aménagement sur mesure pour un hôtel – de la tête de lit au comptoir de réception – comment articulez-vous très concrètement l’esthétique, l’ergonomie et les contraintes opérationnelles de l’hôtellerie dans votre processus (croquis, moodboards, 3D, choix matériaux) ?
Chaque projet démarre par une écoute très fine du lieu et de son positionnement — parce qu'une tête de lit dans un boutique-hôtel parisien et un comptoir de réception dans un spa en bord de mer ne répondent pas aux mêmes usages. Je construis d'abord un moodboard qui traduit l'univers du client, puis je passe très vite aux croquis techniques, parce que je crois beaucoup à la matérialité concrète plutôt qu'à l'idée abstraite.
L'esthétique ne prend tout son sens que si elle tient face à la contrainte opérationnelle : résistance des matières au flux hôtelier, entretien, durabilité, normes en vigueur. C'est là que mon expérience d'industrialisation textile fait toute la différence — je sais anticiper très tôt les points de blocage en production, avant même la validation du design. Le choix des matériaux vient ensuite, en lien direct avec des fournisseurs que je connais et en qui j'ai confiance. Et selon la complexité du projet, on complète avec de la 3D pour donner à voir le rendu final avant fabrication.
Depuis Lyon, capitale du design, quels sont selon vous les grands courants actuels en matière de mobilier et d’espaces intérieurs sur mesure dans l’hôtellerie (formes, matières, couleurs, usage du textile…), et comment ces tendances se traduisent-elles dans vos réalisations à Paris, Marseille, Bordeaux ou ailleurs ?
Lyon a cette identité si particulière de capitale du design et du textile, c'est un terreau incroyablement stimulant. En ce moment, je vois trois grandes tendances se dessiner dans le mobilier et les espaces hôteliers sur mesure : un retour très fort aux matières naturelles et texturées — lin, bouclette, velours — qui apportent chaleur et authenticité ; une palette de couleurs plus profonde et ancrée, on quitte le minimalisme scandinave pour des teintes terracotta, vert forêt, ocre ; et enfin des formes plus organiques, moins géométriques, qui invitent au confort et à la douceur.
Sur mes projets, à Paris comme à Marseille ou Bordeaux, je traduis ces tendances tout en les adaptant à l'identité propre de chaque établissement — jamais de copier-coller. L'idée, c'est toujours de créer une pièce textile ou un mobilier qui semble avoir toujours appartenu au lieu, tout en portant une vraie signature contemporaine.
Pouvez-vous nous décrire un projet Modeligne particulièrement emblématique où le sur-mesure a vraiment changé l’expérience client – que ce soit via une banquette capitonnée, un bar design ou un mobilier de chambre – et expliquer les arbitrages que vous avez dû faire entre créativité, budget, durabilité et délais ?
Un projet qui m'a particulièrement marquée, c'est l'aménagement d'un espace de réception pour un boutique-hôtel, où l'on m'a confié la conception d'une banquette capitonnée sur mesure ainsi que la déclinaison textile de plusieurs pièces de mobilier de chambre. Le brief initial était très créatif, presque conceptuel, mais mon rôle a été de transformer cette vision en un produit réellement fabricable, durable dans le temps, et cohérent avec la réalité économique du client.L'arbitrage le plus délicat a porté sur le choix des matières : le client voulait un velours haut de gamme pour l'aspect visuel, mais ce type de matière demande un entretien exigeant et un budget conséquent à l'échelle de plusieurs dizaines de chambres. On a travaillé sur un compromis intelligent — un tissu technique à l'aspect velours, résistant à l'usage intensif hôtelier, avec un traitement facilitant l'entretien, tout en conservant le rendu premium recherché. Sur les délais, ma double compétence stylisme-industrialisation m'a permis d'anticiper les temps de production très en amont, ce qui a évité les mauvaises surprises classiques dans ce type de projet — un point sur lequel beaucoup de studios créatifs butent, faute de connaître les réalités de fabrication.
Vous disposez d’une expertise rare à la croisée du design textile (via Modely Textile) et du mobilier : comment cette double compétence vous permet-elle d’innover dans la création d’ambiances intérieures (acoustique, confort, identité de marque, longévité des matières, entretien) et d’éviter certains pièges fréquents des projets hôteliers ?
C'est exactement cette double compétence qui fait la force de Modéligne. Beaucoup de studios de décoration pensent le mobilier et le textile de façon cloisonnée — d'un côté la structure, de l'autre l'habillage. Moi, je les pense ensemble, dès la conception. Cela change tout : je sais, par exemple, quelle matière apportera un vrai confort acoustique dans un lobby très fréquenté, quelle fibre résistera à un usage intensif sans se déformer, ou comment un tissu peut à lui seul incarner l'identité de marque d'un établissement — bien plus qu'une simple couleur murale.
Cette approche me permet aussi d'éviter les pièges classiques des projets hôteliers : un tissu magnifique en showroom mais inadapté à un usage professionnel intensif, une matière difficile d'entretien qui vieillit mal, ou un mobilier esthétique mais peu pérenne. Grâce à mon expérience en industrialisation textile — plus de six ans, plus de 200 accompagnements de créateurs — je sais anticiper ces problèmes dès la phase de conception, ce qui fait gagner un temps précieux aux hôteliers et sécurise leur investissement sur le long terme.
Si l’on se projette à 5 ou 10 ans, comment imaginez-vous l’évolution des espaces intérieurs sur mesure dans l’hôtellerie : montée du durable et du réparable, personnalisation par le digital, modularité des chambres, nouvelles attentes des voyageurs… et comment Modeligne se prépare-t-elle à ces transformations ?
Je pense que l'hôtellerie va vivre une vraie mutation dans les années à venir. D'abord sur la durabilité : on va voir émerger des matières réparables, recyclées, tracées, avec une vraie exigence de transparence sur l'origine et la fabrication — c'est déjà une demande forte de mes clients actuels, et elle va s'intensifier. Ensuite, la personnalisation par le digital va transformer l'expérience client : on pourra imaginer des configurateurs permettant d'adapter certaines finitions textiles selon les attentes ou même les saisons.
La modularité est aussi un axe fort — des chambres qui peuvent évoluer dans leur usage, du mobilier reconfigurable pour s'adapter à différents formats de voyageurs, du solo au familial. Et puis il y a une attente croissante d'authenticité et de bien-être, un besoin de matières nobles et sensorielles qui ancrent le voyageur dans un lieu unique plutôt que dans un standard interchangeable.
Modéligne se prépare à ces transformations en investissant continuellement dans la veille matières, en construisant des partenariats avec des fournisseurs engagés dans une démarche responsable, et en gardant cette agilité propre aux structures à taille humaine ; capable de s'adapter vite aux nouvelles attentes, sans perdre l'exigence du sur-mesure.
Pour les hôteliers, architectes ou jeunes créateurs qui nous lisent et souhaitent se lancer dans un projet de mobilier sur mesure, quels seraient vos trois conseils clés pour réussir leur aménagement intérieur – du choix des partenaires à la définition du brief, en passant par les bonnes pratiques à adopter dès le départ ?
Si je devais résumer en trois conseils essentiels pour réussir un projet d'aménagement sur mesure, ce serait les suivants :
Le premier, c'est de définir un brief précis dès le départ, mais sans sur-verrouiller la créativité. Beaucoup de porteurs de projet arrivent avec une intention esthétique forte, ce qui est essentiel, mais négligent les contraintes d'usage réel — flux de circulation, fréquence de nettoyage, durée de vie attendue du mobilier. Prendre le temps de cadrer ces éléments en amont évite des refontes coûteuses en cours de production.
Le deuxième, c'est de choisir des partenaires qui maîtrisent la chaîne complète, de la conception à l'industrialisation. C'est une erreur fréquente de séparer le design d'un côté et la fabrication de l'autre, sans lien entre les deux : cela génère des incompréhensions, des délais qui explosent, et des produits finaux qui trahissent l'intention initiale. Un bon partenaire sur-mesure doit être capable de vous alerter très tôt si une idée n'est pas réalisable ou pérenne, et de proposer une alternative sans dénaturer le projet.
Le troisième, c'est de penser la matière comme un investissement, pas comme une variable d'ajustement budgétaire. C'est souvent la première chose que l'on rogne quand le budget se resserre, alors que c'est justement ce qui déterminera la longévité et la perception qualité du projet par les clients finaux. Mieux vaut parfois réduire le nombre de pièces sur-mesure que de sacrifier la qualité des matières choisies.
Pour en savoir plus : https://modeligne.com